«High Tech in the GREEN», de la vision à l'implémentation

04/07/11 | Rédacteur: Jean-René Gonthier

Jean-Luc Mossier, directeur de la Promotion économique du canton de Fribourg. (Image: JR Gonthier/MSM)
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Jean-Luc Mossier, directeur de la Promotion économique du canton de Fribourg. (Image: JR Gonthier/MSM)

>> Le High Tech dans un écrin de verdure et de bien être, tel est depuis longtemps le rêve du canton de Fribourg. Une vision qui un jour, grâce notamment aux impulsions positives de la promotion économique, pourrait devenir réalité. Un parc technologique en devenir sur l'un des plus grands axes ferroviaires du pays, quoi de plus motivant pour attirer les industriels suisses et étrangers.

La rédaction a rencontré Monsieur Jean-Luc Mossier, le nouveau directeur de la Promotion économique du canton de Fribourg. Ancien dirigeant du parc technologique du PSE de l'EPFL, jusqu’ici co-fondateur et directeur de plusieurs start-ups.

MSM: Quels défis particuliers vous ont attiré vers la direction de la promotion économique fribourgeoise?

Jean-Luc Mossier: Les premières discussions, je les ai eues avec Monsieur Beat Vonlanthen Conseiller d'Etat à l'économie. Il cherchait une vision extérieure, un entrepreneur à la tête de la promotion économique, l'objectif étant de contribuer à positionner le canton de Fribourg sur une stratégie et une vision un peu nouvelle. Par ailleurs, il est convaincu (et moi également) que le slogan «High Tech in the GREEN» cadre parfaitement bien avec le canton de Fribourg. Soit un cadre naturel agréable, au centre de la Suisse, une ambiance proche de la nature et de valeurs traditionnelles. C'est une vision tout à fait plausible qui, toute proportion gardée, me rappelle l’expérience de la ville de Denver aux USA, qui se positionne également comme la ville «au vert» face à la saturation de la Californie. Le «High Tech in the GREEN» est donc un concept déjà testé ailleurs et qui est un positionnement tout-à-fait crédible. «Quitter la Californie bondée pour faire du high-tech à deux pas de la montagne» un slogan similaire pourrait être utilisé entre la riviera lémanique bétonnée face aux pentes verdoyantes de la Gruyère et par extension de Fribourg. «Cela ne m'aurait pas du tout intéressé de prendre un poste similaire à la promotion économique du Canton de Vaud ou de Genève. Là-bas l'essentiel est fait, ils ne se posent plus trop la question de leur positionnement stratégique». Ce qu'il y a de particulièrement intéressant à Fribourg, c'est le défi. Il y a ici un véritable projet à construire. L'objectif est de réunir les acteurs économiques autour d'une stratégie commune à l'horizon de 5 à 10 ans, et c'est bien ce défi qui constitue ma motivation principale.

MSM: Quels sont les grands projets en cours durant cette année?

Jean-Luc Mossier: Cette année, nous allons tout d’abord contribuer à mettre sur les rails (c’est le cas de le dire… !) le parc technologique «Cardinal». Ce sera à la fois une vitrine pour les projets start-up qui sortent du plateau de Pérolles, où se trouvent concentrées les hautes écoles et l’Université. Ce sera aussi un lieu totalement adapté à des sociétés étrangères high-tech que nous désirons accueillir ici. Ce type d’infrastructure existe dans d'autres cantons et est essentiel au processus de transfert de technologie (des hautes écoles vers les jeunes sociétés) et cela manque cruellement à Fribourg. Un autre axe important est de trouver pour Fribourg une différenciation dans le processus de développement économique. Il y a deux ans le canton est entré dans le GGBa (Greater Geneva Berne area) avec des résultats pour l’instant très décevants, comme l’a relevé récemment le Conseiller d’Etat Beat Vonlanthen. Pour les autres cantons c'est plus simple: Genève est associé à l'aéroport international; Vaud a son bord du lac et l'EPFL; Neuchâtel a la microtechnique et l'horlogerie et le Valais a ses Alpes et son tourisme. A l’inverse, Fribourg manque d’une image forte. En termes de marketing on dirait qu’il manque un USP («unique selling proposition»)... Nous ne faisons rien de faux ! Et nous faisons même beaucoup de choses justes, mais il n’y a rien que nous ne fassions notablement mieux que les autres. Un projet comme le parc technologique, particulièrement dans la position du site Cardinal, à quelques pas de la gare de Fribourg, et particulièrement s'il intègre des concepts avant-gardistes, peut constituer une chance inouïe pour Fribourg de se positionner en terme d’image vers l’extérieur. Il est important aussi que Fribourg se définisse dans une région économique qui fasse du sens. Certains imaginent à long terme la Suisse comme trois grands pôles économiques: la région zurichoise, le cas particulier de Bâle avec le Jura (axé sur le Pharma et le life sciences), et la Suisse occidentale jusqu’à Berne. D’autres pensent que la Suisse vue de Chine c’est déjà bien petit et que toute sous-division de la Suisse dilue notre message de promotion économique. A Fribourg de définir s'il se sent mieux comme le centre bilingue d’une région économique suisse qui va de Zürich à Genève ou comme le dernier wagon d’une région de Suisse occidentale qui peine à se structurer. Il est aussi possible qu’à terme toutes ces questions deviennent superflues si Fribourg parvient à trouver un positionnement fort qui lui est propre et qu’il puisse affirmer cette identité dans une région économique supra-cantonale, qu’elle soit de Suisse ou de Suisse occidentale. Ainsi, le futur parc technologique Cardinal pourrait bien être une zone de type «zéro carbone», anticipant les nouvelles contraintes environnementales du 21ème siècle. Ce haut niveau d’intégration énergétique ne concerne d’ailleurs pas que Fribourg. Des projets privés à Romont comme à Bulle vont démarrer prochainement dans la même direction, et plusieurs zones industrielles du canton font l’objet actuellement d’études d’écologie industrielle. L’un des avantages du canton de Fribourg est qu'il a encore de la place le long de ses autoroutes et de ses voies ferrées pour l'implantation de nouvelles zones industrielles et qu’il peut aujourd’hui le faire avec une vision avant-gardiste en anticipant les besoins des entreprises de demain. L’ensemble de ces projets publics ou privés représente un investissement total de plus de 600 millions sur une période de 5 ans, de quoi positionner Fribourg, ses ingénieurs et ses entreprises de la construction comme les «champions du zéro carbone».

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MSM: Comment se nommera ce parc technologique?

Jean-Luc Mossier: En fait, son nom n’est pas défini à ce stade, mais il est possible que cela soit plutôt une sorte de «Quartier de l'innovation». Par sa position en plein centre ville de Fribourg, ce parc peut développer une image très différente de ce qui s’est fait jusqu’ici sur d’autres sites. On imagine ce parc ouvert sur la ville, comme un nouveau quartier dédié à l’innovation, une sorte d’usine à idées. Le niveau au sol pourrait très bien comporter des commerces, restaurants, zones vertes, terrasses, avec un mélange de bâtiments neufs et historiques, alors que l’essentiel du volume serait consacrés à des entreprises technologiques ou à des services associés.

MSM: Quels sont selon vous les qualités qu’il faut absolument posséder pour diriger la promotion économique d’un canton?

Jean-Luc Mossier: ça dépend du canton !… Pour Fribourg et pour aujourd’hui, je suis convaincu qu’on peut se permettre d’être visionnaire et d’oser des projets phares qui positionnent le canton pour les 10 à 20 prochaines années. Toute mon expérience industrielle me montre qu’il est parfois plus facile de proposer un projet ambitieux à 5-10 ans, de planter un drapeau fort qui permette de fédérer des ressources plus importantes. Ensuite, il faut évidemment revenir en arrière et implémenter phase par phase. Cette vision est bien sûr en opposition avec la culture traditionnelle d’autofinancement qui consiste à faire profil bas et à réinvestir d’année en année les bénéfices patiemment réalisés. L’expérience montre que les grands projets ne se construisent plus sur ce type de logique, parce que dans un monde qui bouge vite, les fenêtres d’opportunités sont courtes et que l’on ne dispose plus de trois générations pour réaliser une vision, surtout si celle-ci est ambitieuse. Le canton de Fribourg a de plus la chance d’avoir des finances particulièrement saines. Plus que jamais, il doit investir dans son futur et il lui est permis de rêver.

MSM: Le bilinguisme fribourgeois est-ce une qualité appréciée par les entreprises étrangères?

Jean-Luc Mossier: Dans un premier temps, une société internationale est plus inquiète de trouver un maximum de gens qui parlent anglais. Vue depuis la Chine, toute la Suisse est bilingue et au centre de l’Europe. C'est en général plus tard, après leur installation que les entreprises se rendent comptent du véritable bilinguisme du canton et de son intérêt. A Fribourg nous démontrons notre bilinguisme au quotidien.

MSM: Fribourg, contrairement aux cantons de l’arc jurassien, n’est pas un canton frontalier. Quels sont en revanche les atouts peu connus de ce canton?

Jean-Luc Mossier: Les tensions sociales sont moindre ici, nous avons une grande cohésion sociale... Beaucoup de Fribourgeois ont encore leurs racines dans le canton et démontrent un engagement personnel très important pour leur entreprise. La formation scolaire et professionnelle y sont excellentes. Ce sont les qualités à la base de la Suisse industrielle et qui on fait son succès au 20ème siècle. Cependant, ces qualités se démontrent dans la durée et ceux qui ont choisi Fribourg en font la bonne expérience. Par contre, il est très difficile de vendre ces avantages et de les mettre en avant à l’intention d’une entreprise qui n’est pas encore établie ici.

MSM: Dans quelle mesure la création d’un technopôle sur le site de la défunte brasserie Cardinal peux attirer les entreprises et capitaux étrangers?

Jean-Luc Mossier: Si je fais un parallèle avec l’histoire que nous avons vécue autour du PSE à l’EPFL de 1998 à 2001, avec 5 millions de fonds propres, on a trouvé 20 millions d’argent bancaire pour construire des bâtiments, qui ont ensuite attiré une centaine de start-ups et 300 millions de capital-risque investis dans les sociétés du parc. La présence d’un parc attire les start-ups, qui attirent le capital-risque. Or, le capital-risque est investit principalement en salaires, c’est à dire qu’il finit en matière grise. Que l’entreprise ait du succès ou non, le capital-risque finit en connaissances de pointe, dans la tête de jeunes ingénieurs de nos écoles. Même si certains projets vont inévitablement s’arrêter, les connaissances de pointe dans la tête des jeunes ingénieurs représentent une valeur certaine et localisée à Fribourg. Nul doute que les fonds propres initiaux investis par l’Etat pour la création d’un parc trouvent des multiples en termes économiques, à court ou à moyen terme.

MSM: Monsieur Mossier, nous vous remercions pour le temps consacré à cet entretien. La rédaction vous souhaite plein succès dans ce défi à la hauteur des ambitions de Fribourg. <<

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